La liberté de pensée

Tout individu pense à son existence à travers des mots et des concepts. Ceux-ci sont transmis par la tradition et transformés par des individus ou des groupes qui sont en position d’influencer les autres, voire d’imposer une vision du monde. Le monde est ainsi peuplé d’humains qui pensent leur existence en utilisant diversement des mots et des concepts comme Dieu, esprit, nature, culture, capitalisme, socialisme, race, âge, sexe, argent, pouvoir, obéissance, innovation, politique, conformité, déviance, abus, droit, histoire, origine, nationalité, éducation, travail, loisirs, médias, amour, responsabilité, lois, échange, religion, justice, guerre, paix, mérite, honneur, etc.

La liberté de pensée est menacée à chaque fois que quelqu’un tente d’imposer une hiérarchie entre les mots ou concepts, c’est-à-dire un système où la pensée est canalisée par un schéma dans lequel un mot ou un concept est placé en position dominante, à partir duquel on dégage une certaine interprétation des choses ou explication du monde. Cette signification donnée découle d’un certain agencement d’autres mots ou concepts associés au concept dominant, et imbriqués les uns aux autres pour former une sorte de mur idéologique.

Le mot ou concept dominant est la pierre d’angle de ce mur. Il est placé à la base d’une construction symbolique qui peut devenir un système de pensée plus ou moins complexe. Celui-ci constitue alors une vision du monde, qui se transmet plus ou moins longtemps, avec des modifications faisant l’objet de conflits, allant de transitions douces en ruptures brutales. Tout système de pensée s’écroule lorsque la pierre d’angle est retirée. Elle est généralement aussitôt remplacée par une autre, sur laquelle se construit un nouveau mur idéologique, et qui préside dès lors à une autre vision du monde.

La liberté de pensée ne peut exister qu’en l’absence de domination d’un concept sur d’autres. Elle peut apparaître lorsqu’un mur idéologique s’écroule, et elle s’épanouira tant qu’aucun concept n’est placé en pierre d’angle. Lorsqu’un régime politique tombe, la première chose qui se passe en général c’est une lutte entre groupes ou factions pour placer un concept en pierre d’angle d’un nouveau mur idéologique. Ces moments de crise sont révélateurs de la propension humaine pour la lutte, qui se déroule de plus en plus sur le plan symbolique, confirmant la théorie darwinienne de l’évolution des espèces (Richard Dawkins) et illustrée par la civilisation des mœurs (Norbert Elias).

Cela permet d’émettre l’hypothèse d’un lien entre liberté de pensée et pacification des rapports sociaux. En d’autres termes, plus les humains sont libres de penser comme ils l’entendent et moins il y a de chances qu’une idéologie s’impose. Plus grande est la liberté de pensée et la diversité d’opinions et moins grande est la probabilité qu’un individu ou groupe puisse placer un concept dominant en position de pierre angulaire d’un système de pensée.

Si elle dépend effectivement de la liberté de pensée, alors la pacification des rapports sociaux peut encore beaucoup progresser. Nous pouvons favoriser la liberté de pensée, et donc la pacification des rapports sociaux, si nous refusons les systèmes de pensée figés, reposant sur un concept dominant. Nous pouvons permettre à la liberté de pensée de s’épanouir si nous sortons de la logique linéaire dans laquelle il existe un début et une fin, une vision simple des liens de causes à effets, qui fait pratiquement passer pour naturel le fait de croire qu’il y a une réalité indiscutable, représentée par un concept dominant et les agencements de concepts subordonnés qui en découlent.

La liberté de pensée est inscrite dans notre capacité réflexive elle-même. Or celle-ci peut être sclérosée par des systèmes de pensée figés. Il s’agit de la retrouver, de la stimuler et de la développer pour s’affranchir des carcans qui creusent le lit des idéologies. La liberté peut grandir lorsqu’on arrive à identifier quels sont les carcans dans lesquels est enfermée sa propre pensée. Repérer l’existence de ces carcans et analyser pourquoi et comment nous nous y sommes installés permet de les mettre à distance et de relativiser leurs effets.

On peut sortir de cette canalisation habituelle de nos opinions et de nos sentiments en remettant en cause la manière dominante de voir qui nous a été transmise et que nous reproduisons souvent avec trop peu d’esprit critique. Cela nécessite un effort et nous ne savons généralement pas comment procéder ni par où commencer. Pour aider et faciliter cette réflexion nous proposons un instrument ludique et facile à manier : le kaléidoscope de l’expérience.

Pour une description détaillée de l’outil, ou pour connaître notre philosophie et l’éthique de notre démarche, découvrez les différentes rubriques de notre site active-self.

Si vous êtes pressés et n’avez pas le temps de lire tout cela, voyez le résumé ci-dessous. Trois propositions suffisent pour exprimer respectivement la théorie, l’hypothèse et la méthode correspondante que nous développons :

Tout individu s’oriente d’après ses activités, relations, valeurs, images de soi et motivations.

Les représentations qu’il se fait de ces choses s’engendrent et se délimitent les unes les autres.

Le kaléidoscope de l’expérience est un outil pratique qui permet d’en prendre conscience.

 

Par conséquent, utiliser le kaléidoscope de l’expérience c’est accroître sa liberté de pensée et favoriser celle des autres (bénéfices reversés à des activités favorisant le respect des droits de l’enfant, notamment le droit d’exprimer librement son opinion).

 

Le kaléidoscope de l’expérience est un multiplicateur de liberté !