Extrait 4

Extrait des résultats d’une enquête effectuée avec le kaléidoscope de l’expérience auprès de 34 jeunes de Suisse romande concernant leurs intérêts et préoccupations (voir: D. Stoecklin (2009). Réflexivité, participation et capabilité. Le droit des enfants de participer. Norme juridique et réalité pratique : contribution à un nouveau contrat social. J. Zermatten & D. Stoecklin (Eds.), IUKB/IDE, p. 75 – 109) :

 

A propos des trois techniques

 

L’analyse prospective

Elle consiste à considérer « ce qui se passe quand… ». On regarde le présent et on prospecte l’avenir. On cherche à comprendre les influences actuelles ou à venir exercées par tel ou tel aspect de l’expérience.

 

L’analyse rétrospective

Elle consiste à regarder en arrière. On cherche à comprendre la chose en se penchant sur ce qui l’a engendrée ou influencée.

 

L’analyse de la transition

On porte ici l’attention sur ce qui se situe entre deux éléments, sur ce qui médiatise leur relation. La chose en question fonctionne comme un intermédiaire (médiateur) entre des éléments qu’il faut identifier dans la dimension qui précède et dans celle qui suit.

 

C’est la technique prospective qui a été la mieux comprise. Mais ce constat est à relativiser : elle est peut-être mieux comprise « par des adolescents dont la capacité d’introspection est peut-être peu exercée » (Cavallotti & Moody). La technique rétrospective a été généralement bien comprise. C’est la technique de la transition qui a posé le plus de problème car elle est plus difficile à comprendre.

 

Cependant, elle a aussi pu être révélatrice : « l’analyse de la transition est à notre avis celle qui lui a réellement fait prendre conscience de certaines influences » (Cavallotti & Moody). Certains ont trouvé qu’avec la technique de la transition ils répétaient ce qu’ils avaient déjà dit, mais d’autres entrevoyaient des choses nouvelles. Les enquêtrices relèvent que, selon elles, « les vertus de la répétition sont parfois ignorées dans notre société de consommation et de zapping » (Cavallotti & Moody). Ici encore on retrouve l’élément de la durée, le temps imparti à la pensée réfléchie.

 

La technique de la transition peut éclairer après coup des éléments qui n’avaient pas été entrevus en utilisant les deux autres techniques (prospective et rétrospective) plus simples. « Dans la dernière partie de la phase directive (étape de la transition), (un garçon) a semblé immédiatement remarquer que si son « image de soi » changeait, cela modifierait inévitablement l'élément « motivations » également. Il nous a dit: « si mon image de moi est celle de quelqu'un d'intelligent, ça sera une autre sorte de motivation que dans le sport où mon but est d'aller le plus loin possible. » Ces propos montrent qu'il considère que l'image de soi influence « la motivation ». Et de ce fait, il nous indique que, même s'il lui avait été difficile d'exprimer un lien entre l'image de soi et les motivations lors de l'étape prospective, celui-ci existait bel et bien quelque part dans ses représentations » (Bonvallat).

 

Cela montre que, bien qu’elle soit a priori plus difficile et parfois perçue comme inutile car redondante, la technique de la transition a bel et bien une vertu heuristique : elle fait émerger des éléments qui n’étaient pas si évidents que ça avec la seule utilisation des deux autres techniques.