Extrait 6
Extrait des résultats d’une enquête effectuée avec le kaléidoscope de l’expérience auprès de 34 jeunes de Suisse romande concernant leurs intérêts et préoccupations (voir: D. Stoecklin (2009). Réflexivité, participation et capabilité. Le droit des enfants de participer. Norme juridique et réalité pratique : contribution à un nouveau contrat social. J. Zermatten & D. Stoecklin (Eds.), IUKB/IDE, p. 75 – 109) :
A propos des droits participatifs (Convention des Nations Unies relatives aux droits de l’enfant) :
« Ces expériences nous ont permis de nous positionner par rapport à la participation et sa place dans le monde des droits de l’enfant. Dans un premier temps, nous pensions que cette dernière était une requête légitime. Pour l’enfant individuellement, le concept ne nous posait pas spécialement problème, alors que nous étions convaincues pour le groupe enfant de la nécessité d’un cadre strict géré par les adultes afin que celui-ci ait un sens. Aujourd’hui, nous sommes d’avis que dans les deux cas l’essentiel passe par la préparation, la formation et l’information afin que la participation soit valable et constructive pour tous, enfants comme adultes. En effet, considérant les enfants comme un groupe spécifique dont les particularités leur donnent droit à un traitement spécifique, nous postulons que la préparation solide à la participation est la voie d’une participation réussie et nécessaire, étant tous différents mais interdépendants. Entendre, écouter et partager avec les enfants est la condition de la reconnaissance du nouveau statut qui leur est octroyé par la société au travers de la CDE notamment » (Cavallotti & Moody).
On constate que l’outil utilisé a donné un côté ludique aux entretiens. Cet aspect visuel est attractif et permet d’éviter le côté trop formel propres aux enquêtes par questionnaire. La forme ludique de l’entretien évite également le sentiment d’être jugé : « A mon sens, des entretiens trop formels auraient tendance à bloquer les jeunes questionnés, ces derniers, mis sous pression, se sentant jugés. Or, l’aspect ludique du kaléidoscope de l’expérience permet d’éviter ce genre de formalisation oppressante » (Lichtman).
Cet aspect est important, si ce n’est fondamental, lorsqu’on sait à quel point la forme peut influencer le fond. En évitant le « formalisme radical » des enquêtes standards, on réduit aussi l’influence du format sur les réponses données. Dès lors, « (…) il semblerait que la méthode que nous avons utilisée pour conduire nos entretiens soit une méthode bien adaptée aux enfants » (Lichtman).
Comme on l’a vu, la subjectivation est clairement favorisée par l’outil qui contient une fonction d’apprentissage : « Le kaléidoscope, outil pratique du système de l’acteur, permet l’expression de la subjectivité. En effet, nous avons constaté, lors de ces entretiens, que cet outil a permis aux jeunes de réfléchir sur les différents liens entre les dimensions de son expérience et de développer leur pensée de manière réflexive. L’enfant peut ainsi réfléchir sur sa propre situation et lui donner un sens. Nous avons ainsi accès au sens subjectif que l’enfant donne à ses actes. Chaque enfant a sa propre explication de la situation » (Gottardi).
Le système de l’acteur désigne le mouvement cyclique à travers lequel le monde est transformé par l’individu qui est lui-même transformé par le monde. Cette dualité désigne ici le fait que la personne est à la fois produite et productrice: l’individu est transformé par le monde et il le transforme. Tous les éléments qui composent l’action dite « sociale » sont donc à la fois structurés et structurants (Giddens).
Ce mécanisme de transformation sociale est donc à la fois « intérieur » et « extérieur » aux individus. Il est le filtre à travers lequel l’individu perçoit le monde et oriente ses actions. Ce modèle permet ainsi de dépasser la dichotomie individu/société. Celle-ci fait alors place à une vision kaléidoscopique, dans laquelle les déterminants de l’action ne sont ni internes ni externes aux individus : ces éléments transforment les individus en même temps que ceux-ci les utilisent pour transformer le monde.