Extrait 5

Extrait des résultats d’une enquête effectuée avec le kaléidoscope de l’expérience auprès de 34 jeunes de Suisse romande concernant leurs intérêts et préoccupations (voir: D. Stoecklin (2009). Réflexivité, participation et capabilité. Le droit des enfants de participer. Norme juridique et réalité pratique : contribution à un nouveau contrat social. J. Zermatten & D. Stoecklin (Eds.), IUKB/IDE, p. 75 – 109) :

 

Vérification empirique et consolidation de la théorie du « système de l’acteur »:

 

La théorie du système de l’acteur affirme que tout individu développe un système d’action spécifique en tant qu’une variante parmi de multiples possibilités de mises en relation de cinq dimensions essentielles de l’expérience, à savoir les activités, les relations, les valeurs, les images de soi et les motivations. Cette théorie a été ici mise à l’épreuve et elle semble confirmée. Nos observations permettent également de consolider cette théorie. T

 

out d’abord, comme on l’a vu, le modèle théorique semble suffisamment complet pour pouvoir refléter l’ensemble des expériences : personne n’a utilisé la carte joker (carte vide dans laquelle l’interviewé pouvait placer un concept si les 5 autres ne suffisaient pas). La théorie du « système de l’acteur » est confirmée et consolidée par les résultats d’entretien, en particulier sur les points suivants :

 

La logique systémique

Les dimensions de l’expérience font parties d’un tout et n’existent pas indépendamment les unes des autres, car chacune d’elles est influencée et influence en retour. « Les jeunes ont semblé comprendre cet aspect systémique durant les entretiens. Par exemple, avant l’introduction de l’instrument, la jeune fille a assez rapidement exprimé que toutes les dimensions lui semblaient « reliées » à la carte relations où elle avait placé ses amis. Elle a établi des liens de causalité en mentionnant que certaines dimensions avaient bel et bien des effets sur d’autres » (Bapst).

 

La théorie de la structuration (Giddens) est ici clairement exemplifiée puisque chaque dimension de l’expérience est effectivement structurée par les précédentes et structure les suivantes : « Si l’on reprend les termes d’Anthony Giddens relatifs à sa théorie de la structuration, les cinq composantes du SA sont donc structurées et structurantes. Cela signifie que la modification altère les dimensions qui lui sont directement liées, mais a aussi un effet sur les éléments du système qui lui sont indirectement liés, ce qui entraîne un rééquilibrage de l’ensemble. Selon l’auteur, nous sommes donc structurés par le monde qui nous entoure, notre culture, nos interactions ou encore par la structure sociale. Cependant, nous devenons structurants à notre tour quand nous interagissons avec notre environnement » (Antony & Soussan).

 

La réflexivité régulatrice

Le postulat selon lequel l’acteur est celui qui régule (réflexivement) un système d’action est confirmé par le constat que chaque acteur possède son propre système d’action : « Cet outil nous a notamment permis de constater que les jeunes élaborent des liens entre les différentes dimensions de leurs expériences effectivement en fonction de la façon dont ils perçoivent la réalité. Ce qui explique en partie la grande variabilité intersubjective que nous avons pu observer. Néanmoins, nous avons été surprises de constater à quel point les préoccupations des jeunes interviewés étaient similaires – ce qui a également été confirmé lors de la mise en commun réalisée par l’ensemble du groupe » (Diankon & Taront).

 

D’autres extraits confirment cet aspect. Par exemple : « Par les entretiens, nous avons ainsi pu mettre en relief la manière que les jeunes privilégiaient pour réfléchir à la situation évoquée et nous avons constaté que chacun possède son propre système d’action » (Bapst). Ou encore : « Les cinq dimensions sont liées les unes aux autres de manière interdépendante, selon une reconstruction symbolique propre à l’acteur. Cela s’est vérifié en pratique car nous avons pu remarquer que les jeunes ont d’eux même su faire des liens entre les dimensions. Il leur est apparu évident que tous les concepts étaient liés les uns aux autres même s’ils n’ont pas toujours su l’expliquer clairement. Chaque jeune a expliqué le rapport entre les différentes dimensions à sa manière, avec des exemples personnels. Cela montre bien que l’acteur reconstruit sa réalité selon ses propres expériences » (Gottardi).

 

Et enfin : « Nous avons ainsi pu approuver (…) la théorie du système de l’acteur en soulevant le fait que chaque interviewé a pu construire et décrire son système » (Antony & Soussan).

 

L’objectivité et la subjectivation

L’approche objectifiante constitue une difficulté pour les adolescents. Ils éprouvent certaines difficultés à définir des contenus des différentes dimensions de manière abstraite, et « cet exercice devient plus simple lorsqu’ils s’appuient sur un exemple précis de leur propre parcours de vie » (Cavallotti & Moody).

 

L’utilisation du kaléidoscope de l’expérience lors de la phase directive a ainsi permis d’approfondir l’expérience vécue, en privilégiant le lien entre le discours et l’émotion à propos d’éléments concrets et personnels et plus simplement de principes généraux et abstraits : « Le fait de partir d'une expérience précise et détaillée est une aide incommensurable car elle permet au jeune de lier l'émotionnel au vécu et, ce faisant, toutes les dimensions deviennent plus concrètes car elles se rattachent à des sentiments précis. L'analyse gagne ainsi en richesse et l'interviewé n'a plus l'impression de tisser des liens de façon abstraite et floue » (Cavallotti & Moody).

 

On souligne aussi la nécessité de donner d’abord plusieurs exemples avant qu’il y ait appropriation subjective du concept par les répondants (Gottardi). Or, il est clair que nous ne pouvons simplement séparer la subjectivité et l’objectivité : « Nous pouvons faire ici un parallèle avec Norbert Elias, lorsque ce dernier explique qu’il n’y a pas lieu de voir une dichotomie entre individu et société, mais nous devrions plutôt parler d’une « société des individus », l’un n’existant en effet pas sans l’autre. Le système de l’acteur nous permet alors de tenir compte de cette idée et de prendre en compte ces deux points de vue. Il est ainsi le symbole de la dynamique de l’acteur social car il représente la dynamique entre les intentions personnelles de l’individu (aspect subjectif) et les effets sociaux de ses actions (aspect objectif). Cette approche méthodologique basée à la fois sur les éléments subjectifs et objectifs correspondent donc au postulat que la réalité est finalement toujours un rencontre de ces deux points de vue » (Antony & Soussan).