Exemple 4

La guitare, le don, et la garde des enfants…

 

Je mets le rouge sous Activités et je pense alors à une activité que j’ai parfois : jouer de la guitare. Je regarde la couleur suivante, la jaune, qui s’est placée ainsi sous Relations et je me demande quelles relations m’a amené cet instrument. Je revois en pensée tous les gens avec qui j’ai joué de la guitare, mon premier professeur, les copains des différents groupes qu’on a essayé de monter sans succès, ceux avec qui je chante maintenant parfois des chansons. Et je me dis que ce sont de bien belles relations et de très beaux moments que cette activité me permet de partager. Qu’est-ce que cette activité et ces relations entraînent alors au niveau de mes Valeurs (couleur bleue) ? J’y réfléchi et je constate que les valeurs qui sont ainsi renforcées ou réaffirmées sont celles du partage et de la coopération (chacun y met du sien).

 

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En particulier, il me semble qu’à chaque fois que ces valeurs sont stimulées on crée alors un espace commun qui nous englobe et qui pourtant sort de nous. C’est assez étrange non ? quelque-chose qui sort de nous et nous englobe… J’en conclus que c’est ce qu’on donne (qui sort de nous) qui nous permet de vivre ensemble (quelque chose d’invisible qui nous englobe). En fait, pour recevoir il faut d’abord donner. Et plus précisément donner de manière désintéressée, car si l’on donne de manière intéressée ça ne fonctionne pas.

 

Fixons-nous un moment sur ces valeurs que sont le partage et la coopération, et partons maintenant dans le sens inverse, dans le sens rétrospectif, en nous demandant quelles relations et activités causent la joie de recevoir tout en donnant. Quelles sont donc nos relations et nos activités basées sur le partage et la coopération désintéressée ? Il n’y en a pas tant que ça. Le travail ? Certainement pas : c’est un échange intéressé de biens ou de services. La consommation de loisirs ? Pas non plus, on en veut pour notre argent… et une partie du plaisir est gâchée parce qu’on se demande si ça valait le coût…

 

Mais chaque fois qu’on donne quelque chose d’immatériel et de manière désintéressée cela crée quelque chose de grand qui nous englobe. Alors faites la liste, elle peut être longue (ça dépend de vous) :

 

Donner du temps

 

Donner de l’attention

 

Donner de l’estime

 

Donner confiance

 

Donner de l’amour

 

Donner de la joie

 

Etc…

 

Ça paraît banal, mais si je vous avais demandé quelles sont vos activités courantes, auriez-vous pensé à ces activités consistant à donner ? Non, vous auriez sans doute évoqué le travail, les loisirs, etc… Bref, des choses que l’on fait et pas des choses que l’on donne. Alors changez un peu votre vision de ce qu’est une activité, et mettez-y une belle part de don de soi ! Faites cela et votre expérience de vie sera riche !

 

Mais vous acquiescez aujourd’hui et demain vous aurez déjà oublié cela ! C’est sans doute parce que « donner » n’entre pas dans votre conception de ce qu’est une « activité ». Nous sommes enfermés dans une vision où les activités sont vues comme étant des « choses que l’on fait », donc des choses visibles. Et si l’essentiel était invisible pour les yeux ? (voir le petit prince de St-Exupéry). Alors il faut essayer de se rapprocher de l’invisible, en le visualisant, en réfléchissant, en le cherchant derrière les apparences.

 

Ce petit exercice consistant à voir ce qu’il y a « derrière » ma guitare montre bien que l’on peut arriver à l’invisible (le don comme valeur) à partir des expériences concrètes. C’est ainsi que le kaléidoscope de l’expérience facilite la recherche de l’essentiel à travers les différentes dimensions (activités, relations, valeurs, images de soi, motivations) de l’expérience. Vous y découvrez des choses auxquelles on ne s’attend pas.

 

Il est évident que sans le kaléidoscope, je pouvais tout aussi bien arriver à la conclusion que la guitare favorise le partage. Pas besoin d’instrument réflexif pour faire des liens aussi évidents. Mais aurai-je poussé la réflexion jusqu’à me dire (rétrospectivement) que le don devrait aussi être considéré comme une activité ? Cela est moins sûr. Je crois donc que des instruments tels que le « kaléidoscope de l’expérience » peuvent nous aider à voir la réalité plus complètement. En multipliant les possibilités d’éclairage, le kaléidoscope permet de voir les choses sous des angles différents. Ce petit exercice en est la preuve.

 

Les implications concrètes de ces nouvelles manières de voir les choses peuvent être importantes. Par exemple, consacrer du temps à élever ses enfants, leur donner de l’amour, de l’estime, de la confiance, de l’attention, de la joie… voilà une activité au sens le plus noble du terme ! Les implications concrètes de ce changement de vision sur la garde des enfants seraient donc que le don de soi doit être reconnu comme une activité et qu’elle mérite sans doute une reconnaissance sociale plus importante. Faut-il la rémunérer et si oui comment ? Par un salaire ? Par une reconnaissance imputée sur l’assurance vieillesse ? Voilà des enjeux concrets et très importants qui peuvent être impliqués par ces différentes manières de voir.

 

Reste à savoir si on veut garder une vision traditionnelle des choses ? Reste à savoir qui gagne à ce qu’on garde cette vision ? Reste à savoir qui gagnerait si on élargissait nos visions… Je crois que ceux qui bénéficieraient d’un élargissement des manières de voir seraient avant tout les enfants. A force de ne pas reconnaître le don comme valeur, et donc de ne pas le valoriser, il risque de se perdre… Elargir la focale et favoriser ainsi un mouvement vers plus de respect pour les enfants est possible dès maintenant (voir Ethique).

 

Daniel Stoecklin

le 24 octobre 2010