Ecoute

Etre écouté est un besoin fondamental de l’être humain. Ceci est encore plus vrai en ce qui concerne les enfants, mais les adultes ont tendance à l’oublier…Or, pour les enfants, c’est non seulement un besoin, mais aussi un droit : « Les Etats parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité » (Article 12, alinéa 1, de la Convention des Nations Unies relative aux Droits de l’Enfant).

 

Le kaléidoscope de l’expérience permet de réaliser concrètement l’écoute de l’enfant et la prise en considération de sa parole. Cet outil trouve sa source dans mes travaux concernant les enfants en situations difficiles, et je l’intègre désormais à la poursuite de mes recherches et applications pratiques d’outils d’intervention sociale respectueuse des droits de l’enfant.

 

Il s’inspire, tout en se distinguant, d’un autre modèle, le « système enfant-rue » (Riccardo Lucchini) qui est un modèle de compréhension des liens que les enfants en situations de rue entretiennent avec leurs contextes de vie. C’est un modèle devant permettre progressivement d’élaborer une théorie générale de la « situation de rue », à partir de données empiriques (Lucchini, R. (1993). Enfant de la rue. Identité, sociabilité, drogue. Genève/Paris : Droz). Avec le soutien de son concepteur, j’ai appliqué cet outil dans de nombreux projets d’ONG en faveur d’enfants en situations difficiles: Roumanie, Haïti, Brésil, Bangladesh, Vietnam, Népal, Maroc, Sénégal, Albanie, Burundi, Egypte, Guinée, Niger, Tchad, Madagascar, Moldavie, Honduras, Chine.

 

A travers cette intense expérience de terrain, j’ai pu constater partout que des situations difficiles pouvaient évoluer positivement en changeant de regard et en considérant les enfants victimes comme des acteurs plus ou moins capables de « choisir leur route », si seulement on leur donne l’occasion d’exprimer leur opinion et de cultiver leur réflexivité. Dans ces contextes souvent instables ou marqués par la violence, les vies et les pensées des enfants sont parfois relativement confuses mais aussi admirablement courageuses et justes. Il faut simplement savoir les reconnaître et les orienter sur une route choisie et non imposée.

 

Issu de mon travail de recherche et d’intervention, le kaléidoscope de l’expérience donne de nouvelles possibilités d’applications participatives. L’écoute d’enfants en situations difficiles peut être grandement facilitée par cet instrument qui permet de véritablement donner la parole à des enfants généralement peu à l’aise avec les techniques d’entretiens plus classiques car ressenties comme intrusives ou peu transparentes (questionnaire, interview structuré ou semi-structuré). Ces techniques répondent avant tout à des besoins situés hors du champ de compréhension de l’enfant (planification de projet, recherche académique…). L’enfant ne sait pas bien pourquoi on le questionne ni ce qu’on va faire de ses réponses.

 

Il s’agit donc de privilégier les techniques d’enquête participatives considérant l’enfant comme acteur. Le kaléidoscope de l’expérience répond à cette exigence participative sur au moins trois points :

 

Tout d’abord, l’outil offre à l’enfant la possibilité de définir lui-même ce qu’il entend par activités, relations, valeurs, images de soi et motivations et ainsi d’élaborer un récit qu’il peut s’approprier. Cela permet d’éviter les catégorisations hâtives de la part des adultes.

 

Ensuite, la liberté qu’offre le kaléidoscope pour établir des liens entre les dimensions de l’expérience est très importante. C’est l’enfant qui établit des liens en caractérisant la signification des flèches reliant les concepts (activités, relations, valeurs, images de soi, motivations) entre eux.

 

Enfin, l’aspect ludique de l’outil en fait de plus un instrument permettant de réduire la gêne qui peut exister dans l’entretien face-à-face. L’objet est alors un « tiers symbolique », un « objet transitionnel » (D. Winnicott), qui permet d’établir une relation de confiance.

 

Le kaléidoscope de l’expérience est à la fois un instrument facilitant l’écoute active et une technique d’analyse et d’auto-analyse. Il peut être utilisé dans un entretien, mais également seul, par tout individu qui s’est familiarisé avec ses techniques qui par ailleurs sont assez simples.

 

Voir aussi : Formations.