Etre « écolo », c’est être « actif »…
… mais être actif, c’est d’abord réfléchir…
Le kaléidoscope de l’expérience stimule la réflexion pour une attitude écologique plus globale. On a tendance à décrier l’individualisme car il serait générateur de comportements plus polluants que les activités des sociétés dites traditionnelles. Suffirait-il alors de revenir à des modes d’organisation sociale plus traditionnels ? Cela est-il si simple ? Cela est-il souhaitable ? Pour tenter d’avancer une réponse à ces questions difficiles, commençons par nous interroger sur la fonction des activités dans les sociétés dites traditionnelles et les sociétés dites modernes.
Dans les sociétés dites traditionnelles, les activités reproduisent les relations. Les activités sont strictement réglées aux fins d’entretenir et faire perdurer les relations. Autrement dit, dans les sociétés traditionnelles les activités consacrent la hiérarchie et le pouvoir. Dans les sociétés dites modernes, les activités servent davantage à acquérir les signes extérieurs par lesquels on reconnaît le mérite personnel et on se fait reconnaître (prestige). La réussite matérielle, la beauté plastique et la performance sportive, figurent ainsi parmi les signes extérieurs les plus valorisés.
Ce qui distingue donc les sociétés modernes des sociétés traditionnelles c’est le passage d’une considération pour les activités en tant que supports de relations à une considération pour l’activité comme ayant une valeur en soi : être « actif » c’est bien, être « passif » c’est mal. Cette dichotomie entraîne un activisme, et donc des cérémonies pour la forme. L’activité est peu à peu vidée de son sens traditionnel d’entretien de relations et donc d’un ordre. L’ordre social fait place à l’ordre individuel dans lequel l’important c’est d’être en accord avec soi-même. Plus précisément, il s’agit de correspondre à une représentation de soi que l’idéologie dominante a fait paraître comme désirable : celle d’un individu actif, qui va de l’avant, qui est acteur de son existence et de son environnement, au lieu de subir l’une et l’autre.
Ce cercle vicieux de l’activisme se traduit par un consumérisme effréné qui se répercute sur les ressources de notre planète. Ce n’est pas la surpopulation qui menace notre terre mais les types d’activités que développent les humains : 20% de la population consomment 80% des ressources mondiales. Alors que la reproduction d’un ordre social immuable, typique des sociétés traditionnelles, a tendance à étouffer l’individu, l’activisme et le consumérisme propres aux sociétés modernes commencent à étouffer la nature... Il y a donc un nouvel équilibre à trouver, si possible sans retour en arrière ni fuite en avant.
Il s’agit de devenir « actifs » d’une autre manière : en orientant ses comportements en fonction de notre projection dans un monde tel qu’on voudrait qu’il soit. Nous sommes, comme le soulignait John Dewey (« Learning by doing »), des "active self", des architectes de notre environnement. Le défi est colossal et urgent. Mais comment susciter la motivation pour la préservation de la nature ? Est-ce simplement une question de réduction des comportements pollueurs ? Est-ce uniquement lié à nos types d’activités ? N’est-ce pas plus profondément ancré en nous ? Dans les représentations ou images que nous avons de nous-mêmes ?
On retrouve la nécessaire construction de sens que l’on attribue à nos actions (la praxis). Nos activités sont constitutives de relations, de valeurs, d’images de soi et de motivations. L’acteur responsable (pour ses semblables et pour l’environnement) est donc celui commence à réfléchir aux liens entre les dimensions essentielles de son expérience. Car ce sont elles qui constituent son action dans le monde. L’individu véritablement actif est non pas celui qui « fait » (donc qui consomme), mais celui qui oriente ses choix en fonction d’une compréhension plus large de son action dans le monde.
L’outil « kaléidoscope de l’expérience » n’est qu’un support, mais il peut contribuer à cette formation d’un soi actif. Cela est vital pour pouvoir à la fois être davantage soi-même et davantage en harmonie avec les éléments naturels.